TITRE: LA PEUR DU LOUP

LA PEUR DU LOUP

( The Woodsman)

 

Genre :  drame psychologique

Durée :  1h30 approx

Réalisateur :  Nicole Kassell

Écrit par :  Steven Fechter et Nicole Kassell

Mettant en vedette :  Kevin Bacon, Kyra Sedgwick, Mos Def, Benjamin Bratt, David

Alan Grier, Eve, Kevin Rice, Micael Shannon, Hannah Pilkes, Carlos Leon, Gina Philips

 

Résumé

Walter revient chez lui après avoir passé une douzaine d’années en prison, où il était écroué pour cause d’actes pédophiles.  Il retrouve du travail dans une scierie mais doit bientôt faire face aux démons de son passé.  Bien que sa conduite soit apparemment irréprochable, il est en permanence sous le regard inquisiteur de la secrétaire Mary Kay et de l’inspecteur Lucas.  Un seul faux pas peut lui coûter tout ce qui lui reste et sa liberté.

 

Aujourd’hui et depuis l’explosion technologique de l’Internet accessible à la terre entière, la pédophilie prend des proportions inégalées et nous sommes constamment interpellés par des nouvelles à la radio, dans les journaux ou à la télévision concernant des réseaux de pédophiles de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes.

Écrire et réaliser un film sur ce sujet est en soit un exploit.  Et, ce qui me séduit c’est de reconnaître la finesse et l’intelligence avec lesquelles Steven Fechter et Nicole Kassell ont abordé le film.

 

Il traite avec doigté et respect, le pédophile et la victime – (un portrait précis d’un type de pédophilie).  Mais surtout, le pédophile.  Depuis quand est-il comme ça ?  D’où part ce désir de toucher les petites filles ?  Que se passe-t-il dans sa tête ?  Pourquoi n’est-il pas comme les hommes dits normaux ?  Pourquoi cette pulsion est-elle incontrôlable ?  Pourtant il ne leur fait aucun mal à ces petites filles, il ne fait que les caresser et sentir leur parfum…..

Kevin Bacon (Walter) endosse admirablement le personnage troublé, honnête, doux mais à la fois, tourmenté par ses démons et honteux de sa personne.  Convaincu qu’il doit à tout prix surmonter son attirance pour les petites filles et devenir normal, il consulte un thérapeute régulièrement en espérant que ce dernier l’aide à se guérir de cette horrible maladie.

Pendant ce temps, Walter avait dû quitter son travail en raison de pressions des autres employés, il doit se retrouver un travail en essayant de vivre une vie normale, loin des gens.  Pour se faire, il ne se mêle pas aux autres, ne sort pas, n’accepte pas de s’asseoir pour discuter.  Il refuse même l’invitation de la secrétaire, Mary qui ne lui cache pas son attirance.  Walter coupe court à ce « flirt » non déguisé en se montrant très expéditif.  Offusquée, Mary l’a à l’œil.

 

Ce scénario touche également la vie amoureuse de Walter, les tabous encore présents dans la société, l’ignorance et l’intolérance des gens dits « normaux » tout autant que le comportement hargneux de l’inspecteur, chargé de le surveiller….

Walter doit apprendre à s’accepter même si à certains moments, il succombe.  Il se remet constamment en question, il se déteste, il espère, il souffre, il combat ce démon toujours présent….

Les images et le rythme soulignent le propos en ajoutant une force supplémentaire :  intensité, fragilité, souffrance et urgence.

Le scénario ne se veut pas accusateur, ni moralisateur.  Il n’est que le miroir d’une situation donnée. 

Les jeux des personnages de soutien sont très importants parce-qu’ils nous démontrent à quel point cette situation est complexe.  Il n’y a pas que les gestes du pédophile, il y a tous les gens qui l’entourent, son passé, son cheminement, le quotidien, le jugement intransigeant des autres, des autres qui n’ont pas tous les éléments pour le juger, le harcèlement sous toutes ses formes, la pression sociale et j’en passe.   Cela ne veut pas dire pour autant qu’il est innocent mais cette démarche cinématographique nous obligent à se poser plus d’une question !

 

Les scènes du quotidien sont des incursions de ce qu’est la normalité d’une personne ordinaire - Les scènes sont comme des portes qu’on ouvre (relations amicales et amoureuses, rapports avec ses collègues de travail, les visites impromptues de l’inspecteur etc.).  Cette particularité nous entraîne subtilement et à notre insu, dans la peau de Walter.  Avec lui, nous regardons à travers la fenêtre, avec lui nous subissons les insultes de l’inspecteur, avec lui nous écrivons le journal en observant un jeune homme aux comportements étranges appuyé sur sa voiture qui, de son côté, observe les petits garçons à l’entrée d’une cour d’école.  Et avec lui nous nous promenons dans le parc pour observer une petite fille solitaire, passionnée par les oiseaux…..

Comme spectateur, nous pouvons sentir la construction et la progression du drame qui se joue sous nos yeux.  Impossible d’y échapper, tout comme Walter et son désir profond de devenir comme les autres – les autres étant les gens normaux….

 

Il y a également le parallèle judicieux de l’abus psychologique et l’inceste (qu’est-ce qui est plus grave, des frères qui abusent sexuellement de leur petite sœur pendant des années ou le pédophile ?)….Les séquelles sont toutes aussi dévastatrices et les responsables tout aussi criminels.  Mais, dans la société, la « pédophilie » est perçue comme un crime tellement épouvantable qu’en prison, même les pires criminels ne peuvent supporter un prisonnier dit, pédophile.  Sa vie est mise en danger à tous les jours.

Le film propose, bouscule, questionne, suscite la réflexion.

 

Un film à voir à tout prix !

(Disponible en DVD et VHS)

 

Bon cinéma !

Luc Lavallée

Club-Culture