Les voleurs d’enfance :

Les voleurs d’enfance : dérangeant et inoubliable

 

Québec – Canada (2005);

Écrit et réalisé par Paul Arcand.

Réputé pour ses talents de communicateur né, Paul Arcand se fait un devoir de dénoncer les conditions de vie des opprimés. Avec Les voleurs d’enfance (ses débuts au grand écran), il s’attaque avec un égal mélange de force et de délicatesse à la cause des enfants agressés.

 

Lorsqu’il recueille les témoignages de nombreux témoins, Arcand s’efface et les écoute, ce qui pousse les victimes à révéler avec émotion les traitements qui ont brisé leurs vies. Le réalisateur sympathise également avec les directeurs des centres jeunesse; la plupart de ces individus sont remplis de bonne volonté, mais ligotés par la lourdeur de l’appareil gouvernemental. Quand le scénariste-réalisateur dialogue avec d’incompétents fonctionnaires en position de pouvoir, il multiplie les questions embarrassantes qui donnent lieu à des réponses plutôt… approximatives.

 

Le danger qui guette ce genre de documentaires est évidemment l’accumulation sensationnaliste d’éléments scabreux. Heureusement, le scénario fait preuve de modération et on sent, dès le début, qu’Arcand possède son sujet et qu’il tend plus à démontrer qu’à montrer.

 

Les abondantes déclarations de ce long métrage viendront à bout même des plus insensibles. Les dépositions de la chanteuse Nathalie Simard nous touchent, mais les interventions du chanteur Dan Bigras et de la juge Andrée Ruffo sont tout aussi troublantes. Quant aux malheureux et malheureuses qui s’expriment devant la caméra, attardez-vous à leurs yeux; on constate dans la tristesse de ces regards quelque chose de cassé – et d’irréparable – qui nous brise le coeur.

Les voleurs d’enfance est une production soignée et incontournable pour quiconque espère un visage serein pour les sociétés d’aujourd’hui et de demain. Merci, Monsieur Arcand!

Richard Gervais

Club Culture. 2005-10-04.