
(France)
2002- Durée : 85 min
Image : Josée Deshaies
Montage : Lise Beaulieu
Musique : Jean-françois Pauvros
Interprètes : Dominique
Batravaville, Benji, Anne-Luise Messadieu, Erol Josué, Alain Thompson
Co-Production :
Les Films du requin(Paris), les Films de l’Isle(Montréal)
Synopsis :
Un homme misérable vagabonde dans les rues du Cap Haïtien en rêvant à son
royaume imaginaire. Il se prend pour le roi Christophe, le premier souverain du
nouveau monde, ancien esclave et libérateur d’Haïti en 1804. Chassé de la
ville, le «roi Chacha »-c’est ainsi qu’on le surnomme-se réfugie dans les
ruines grandioses du « Château Sans Souci », en compagnie de
Thimothée, un jeune gamin des rues qu’il a pris sous sa protection.
Il entraînera dans sa folie les habitants du village voisin qui depuis des
siècles attendent le retour du souverain. L’espace de quelques jours, le
royaume revivra, la population miséreuse se complaira dans les fastes d’une
cour de pacotille, mais très vite le roi Chacha s’avérera être un implacable
tyran. Thimothée, révolté par la métamorphose de son protecteur, sera
finalement l’un des artisans de sa perte.
Pour comprendre Royal Bonbon il faut d’abord se pencher sur le
personnage du roi Christophe, esclave affranchi, devenu souverain libérateur
d’Haïti, vainqueur des armées napoléoniennes en 1804. Ce roi craint et aimé,
transformé en despote tyrannique, fit
bâtir un palais érigé en symbole de la libération des noirs mais construit avec
la sueur de ses frères affranchis. Chassé du pouvoir lors d’un soulèvement en
1820, il se suicida –d’une balle d’or dans la tête- selon la légende. Autour de
ce personnage s’est construit une vraie mythologie, lui donnant une dimension
fantastique qui inspira le romancier cubain Alejo
Carpentier ainsi que le grand
poète antillais Aimé Césaire (La tragédie du roi Christophe). Le roi déchu occupe une place à
part dans la mémoire collective d’Haïti
où passé et présent s’imbriquent sans cesse, où la frontière est fluctuante
entre rêves, mythes et réalité.
Telle est la source d’inspiration alimentant Royal bonbon, film qui
n’a rien à voir avec une reconstitution historique mais qui s’apparente plutôt
à une fable, à un poème lyrique se déroulant comme un voyage entre histoire et
imaginaire haïtiens.
Ce personnage du vagabond illuminé
existe vraiment, le réalisateur Charles Najman l’a rencontré sur un marché du Cap Haïtien :
« Dans la confusion de son esprit, il se prend pour le roi Christophe.
Comme un Don Quichotte entré par effraction dans un décor tropical, il
est dans le film l’homme haïtien, humilié, écrasé par la faim et la misère et
qui n’a pour seul refuge, pour seule ressource, que sa folie du passé ».
C’est l’acteur-écrivain Dominique
Batraville qui incarne avec
talent la folie du roi Chacha. Son jeu
théâtral mais brillant tient le film de bout en bout, dans une alternance de
scènes parfois comiques, souvent
oniriques où l’allégorie prend des accents profondément lyriques.
L’enfant Thimothée (excellent Benji) est le deuxième personnage clé du récit. Jeune
orphelin des rues, il refuse de croire à la mort de son père et se laisse
séduire par le rêve fou du roi-vagabond. Il va donc le suivre jusque dans les
ruines du château Sans souci et devenir un genre de conseiller au
sein de la mascarade de cour royale orchestrée par Chacha. Mais l’enfant,
poursuivant un parcours initiatique, mis en scène en de très belles images
poétiques, jettera un regard lucide sur
le bon roi devenu tyran ; il trouvera son propre rêve en se réfugiant dans
l’imaginaire vaudou qui lui rendra son père sous la forme d’un esprit.
À la fois fable poétique et réflexion sur les déchirements du peuple
haïtien, Royal Bonbon n’est pas un film où l’on entre facilement ;
il faut accepter pour cela d’abandonner notre vision occidentale rationnelle et
nous laisser entraîner du côté de la magie et de l’invisible. Un monde que le
réalisateur a su mettre en images avec un talent certain.
Charles Najman signe ici son premier long métrage de fiction. Le film a obtenu le prix Jean Vigo en 2002.
Mariette Gutherz
Club Culture