
COMMENT
J’AI TUÉ MON PÈRE
Christal
Films
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine et Jacques Fieschi
Musique : Jocelyn Pook
Distribution : (rôles principaux) Michel Bouquet (père/Maurice), Charles Berling (fils/Jean-Luc),
Natacha Régnier (épouse/Isa), Amira Casar (maîtresse de Jean-Luc/Myriem)
Genre : drame psychologique
Durée : 100 minutes approx
Jean-Luc,
médecin spécialiste en gérontologie, partenaire dans une clinique privée de
luxe (anti-vieillissement), pense avoir oublié l’existence de son père. Un père parti il y a si longtemps, qu’il l’a
rayé de sa vie depuis longtemps….
Mais
voici que surgit Maurice, de retour d’un long exil en Afrique, n’exprimant
toujours pas le moindre remord.
Un film
traitant de l’absence du père – soit à cause du travail, soit à cause d’un
abandon pur et simple…..
Un
portrait saisissant d’un fils devenu médecin réputé, d’apparence joviale,
indépendant de fortune, marié à une femme belle, aimante et fidèle……Derrrière
ce masque de bonheur se cache un être foulé par la détresse et le manque
d’amour du père qu’il se refuse à reconnaître.
Comme beaucoup d’hommes, Jean-Luc s’est construit un mur d’indifférence
– une protection - depuis son
enfance. Il n’a jamais accepté que son
père abandonne la famille comme ça, un beau jour, sans se retourner, sans
donner de nouvelles.
Jean-Luc
a un jeune frère qu’il a engagé comme chauffeur personnel et homme à tout faire
dans sa grande demeure. Ce travail ne
semble pas lui déplaire. Dans ses temps
libres, il donne des spectacles comme humoriste dans des salles de second
ordre….Celui-ci était trop jeune pour souffrir de l’absence soudaine alors, il
n’a pas subi les ravages psychologiques suite à la perte d’un père puisqu’il ne
l’a pas connu. Son personnage est un
peu en retrait. Les scénaristes n’ont
pas voulu s’attarder sur lui. Il en va
de même pour la femme de Jean-Luc……..
La
réalisatrice Anne Fontaine a pris la décision de développer l’histoire autour
de deux personnages – Maurice et Jean-Luc.
Les autres agissent comme catalyseurs.
L’histoire
commence sur un gros plan d’un client-patient en consultation dans le cabinet
de Jean-Luc en vis-à-vis. La discussion
porte sur la paternité du patient -à un âge avancé - et la prise de conscience
de sa propre finalité, laquelle nous semble très égoïste de la part d’un homme
qui a voulu devenir père et qui, lorsque l’enfant se présente, se refuse à
l’aimer soit-disant son vieil âge……..Il avoue qu’il cultive l’indifférence pour
ne pas créer de liens affectifs avec son fils, parce qu’il sera un vieillard en
chaise roulante quand il sera adolescent….
Cette
entrée en matière bouscule les sentiments et nous prépare pour la suite des
événements.
La
construction en est une de « petits pas », c’est-à-dire, une suite
logique d’actions et de réactions en boucles…..plus on avance dans l’histoire
et plus la confrontation prend des proportions insoupçonnées. Elle irradie sur tous les sujets qui
gravitent autour de Jean-Luc : sa
femme, son jeune frère et lui-même……Son père, quant à lui ne semble pas affecté
par le comportement de Jean-Luc.
L’élément
déclancheur est l’apparition soudaine de Maurice parmi les invités, lors d’une
soirée donnée en l’honneur de Jean-Luc à sa demeure….puis, cette action produit
une réaction.
Ceci
dit, la tentative d’Anne Fontaine à jouer avec les sentiments, l’âme des
personnages, les liens familiaux dans une famille bourgeoise…..est tout à fait
honorable mais ce n’est pas assez.
La seule
scène où l’on peut dire que les personnages s’expriment vraiment, explosent
parce qu’ils n’en peuvent plus de ne rien dire pour éviter la confrontation,
arrive à la toute fin….dans les cinq dernières minutes, autrement, presque
rien…..
Chacun
des personnages garde l’humeur, fait semblant, ne dit rien…..mais en même
temps, ce silence nourri une tension comme un volcan prêt à exploser à tout
moment.
Il n’y a
ni de haut, ni de bas.
La
performance des acteurs est impeccable, surtout celle du père interprété par
Michel Bouquet, un homme d’une froideur qui vous glace mais qui, en même temps,
sait à quel point il a pu blesser. Il
n’est pas aveugle, ni inconscient, seulement un homme qui n’a pas su faire face
à ses responsabilités….Il a suivi ses passions, ses rêves personnels qui
n’incluaient pas la famille….
Ce n’est
pas le premier film qui traite du père prodigue.
Anne
Fontaine a choisi une approche sévère, une visite de courte durée, on ne sait
pas trop si c’est un mois ou une semaine mais le temps n’est pas
important. Ce qui est important c’est
cette rencontre subite entre le père et le fils. Le scénario est bien écrit, il est vu à travers les yeux d’une
femme (Anne Fontaine) qui elle, se place dans la peau du fils, Jean-Luc.
Le lien
qui s’installe entre le père et le fils est traité avec beaucoup de
doigté : le regard du fils en est
un d’amour-haine et du côté du père, ce regard semble être le même depuis
toujours. La seule différence c’est
qu’aujourd’hui, le fils est rendu à l’âge adulte, qu’il est également médecin
et qu’il comprendra peut-être pourquoi il est parti….Un aspect subtil et
complexe faisant appel à la raison avant tout.
L’autre
relation qui vient bouleverser la vie de Jean-Luc est celle qui se tisse
doucement entre Isa – son épouse – et son père. Pourquoi ? Parce que son
père passe du temps avec sa femme, l’écoute, la rassure, ils vont dîner
ensemble et quand il aperçoit la tendresse dans le regard de son père, il en
devient jaloux, il envie leur complicité.
Sa femme
a l’attention, la tendresse, la compassion, le « temps » qu’il n’a
jamais eu de son propre père, lui, son propre fils…….
Très
bien filmé, de bons dialogues, une signature originale, « Comment j’ai tué
mon père » ne règle rien, il ne fait que présenter une situation dans un
milieu particulier, avec des êtres particuliers…..Ce n’est certainement pas
l’histoire de tous les hommes et de tous les pères.
Ce n’est
pas un film d’action…..c’est vraiment un film qui touche spécifiquement le
problème du « père manquant », l’abandon, l’amour-haine d’un fils
pour son père.
C’est en
1991 qu’Anne Fontaine fait ses débuts au cinéma en tant que réalisatrice. Elle a réalisé « Nettoyage à sec »
en 1996 et « Augustin Roi du Kung Fu » en 1999, coécrit avec Jacques
Fieschi.
Bon
cinéma !
Francine
Charrette
Club-Culture