THE HOUSDE OF MIRTH

THE HOUSE OF MIRTH

(version anglaise)

 

Showtime et Granada

Blackwatch distribution

Film de Terence Davies

Écrit et réalisé par Terence Davies

Basé sur le roman de Edith Wharton

 

Distribution :Gillian Anderson, Dan Aykroyd, Eleanor Bron, Terry Kinney, Anthony LaPaglia, Laura Linney, Elizabeth McGovern, Jodhi May, Eric Stoltz, Penny Downie, Pearce Quigley, Helen Coker, Mary Macleod etc…

 

L’histoire

L’histoire se situe vers 1905 à New York, dans la haute société de Manhattan où la vie n’est que rencontres autour d’une tasse de thé, commérages, bals, opéras, dîners, voyages sur des yachts particuliers, des étés passés à la campagne (Long Island, Hampton, etc..).

Le gratin social et ses potins, ses carrières bâties sur les privilèges, l’argent, le mensonge et l’argent….ou détruites par celles-là même qui les avaient bâties…

C’est l’histoire de Lily, une jeune femme belle et intelligente de 29 ans, protégée par une vieille tante, riche et influente qui l’intronise dans la société.  On attend d’elle qu’elle se marie mais elle prend des risques, attire les regards, fait l’envie de plusieurs.  Elle est déchirée entre ce que lui dicte sa conscience et ce que son cœur désire.  Lily découvrira l’éphémère, le futile et la trahison d’amis et surtout, de la famille.

 

La cinématographie – l’image -est signée Remi Adefarasin (Oscar pour « Elizabeth ») et le grand responsable des décors (design), Don Taylor (gagant d’un Emmy pour le film de Jane Austen, « Emma »).

 

À souligner, la qualité exceptionnelle du scénario (répliques).  Le langage reflète une époque.  Nous sommes en présence d’un langage cérébral :  tout est dit en nuances, sans exprimer ou préciser directement sa pensée.  Ce qui était important c’était ce qui pouvait être sous-entendu, non dit….

Le grand art de la langue : du mot, de la phrase, de la syntaxe;  l’utilisation du corps :  l’intensité, la fluctuation et la modulation dans la voix, le regard, l’attitude et le langage corporel…..

 

Tout est filmé en gros plans, des close-up, des éclairages tamisés (dans les teintes cepias), des images léchées.  Très efficace, l’œil de Remi Adefarasin nous plonge dans un romantisme, des images très picturales comme un peintre sur sa toile.  Une approche très anglaise à la Ivory….Cependant, l’utilisation excessive de close-up énerve quelque peu.  C’est vrai que la touche intimiste et suggestive y gagne.  Mais, cela dit, ce n’est qu’une brève parenthèse qui ne devrait pas porter ombrage à la beauté du film et à la performance éclatante de Gillian Anderson et d’Eric Stoltz.

 

Comme il faut s’y attendre, le soucis porté aux détails, aux costumes, aux décors et aux atmosphères, illustrent l’opulence dans laquelle évoluait ces nouveaux riches.  Nous sommes conviés à l’illusion, la contradiction, la chimère, la vanité où tout est subjectif.  On apprend que le prestige est artificiellement disposé, acquis par la séduction et l’influence.

Nous avons l’impression que la génération est dressée, d’une façon autoritaire – surtout la femme – initiée, stylisée et endoctrinée par une opinion toute faite.  Instruit ?  Cultivé ?  Quelques uns et quelques unes répondent à cette catégorie mais la plupart sont des « nouveaux riches » acceptés dans la haute société bien pensante parce qu’ils ont le pouvoir incontestable que procure l’argent….Ils n’ont pas de titres de noblesse mais qu’importe, ils peuvent intégrer les milieux les plus influents et puissants…À cette époque, cette classe de gens, même s’ils se détestaient, étaient solidaire par devoir, par intérêt et par cupidité….

 

L’échec, de quelque nature qu’il soit, s’il est condamné par un membre influent et puissant, provoque la chute immédiate, une humiliation grave allant jusqu’à être exclue à jamais du cercle exclusif (protégé).

Il faut se rappeler le film de Scorcese « Age of Innocence ».  L’histoire se répète :  l’aristocratie de l’époque impliquait toujours une volonté impérative d’obéir à un ordre établi à propos d’une chose précise, actuelle, avec des dispositions bien déterminées, et l’idée d’une contrainte.  À cette époque, la femme était contrainte à l’obéissance de son pourvoyeur, c’est-à-dire, qu’on l’éclairait sur son choix, sur son état de compréhension à savoir :  ce qu’elle doit faire alors qu’elle hésite….Sinon, les conséquences pouvaient être dévastatrices…

 

Nous avons droit à un scénario contemporain et universel.  Il est intemporel, il permet de saisir les rapports entre les choses, les êtres, leurs principes, leurs causes, leurs motifs et, dans l’action, les adapter à une fin.  Il est également subtil, lucide, il saisit la nature intime des êtres et des choses non seulement par l’intelligence, mais encore par l’intuition ou la sympathie.  La modernité et l’actualité font partie du traitement.  On ne peut s’empêcher de comparer les époques.  Aujourd’hui, la femme a gravi les échelons de l’indépendance et de l’autonomie, mais à quels prix ?  Économiquement, politiquement, pouvoirs et décisions, classes sociales, etc….Changeons de décors ou de mode vestimentaire :  le reste, ma foi, n’a pas beaucoup changé.  Les propos très actuels, interpellent avec force et véhémence des aberrations de toutes sortes.  Elles nous paraissent paradoxales, parfois insoutenables mais, elles soulignent à quel point la réputation, surtout celle d’une jeune femme de la haute société du temps, (Lily) est tributaire de son capital financier (fortune), de ses pourvoyeurs ou de ses protecteurs….

 

Hier comme aujourd’hui et probablement encore plus demain, il y a des choses immuables, il y a des règles incontournables voire irrévocables.

 

Détails sur la production

Edith Wharton (1862-1937) intéresse Davies depuis déjà 15 ans.  « Son œuvre, unique dans son approche littéraire, détermine comment l’approcher autant sur le plan matériel qu’esthétique plutôt que seulement sur un plan narratif.  Il y a de la densité, une aura très spéciale et essentielle pour saisir le ton, le rythme.  Le langage choisi pour le film reflète l’époque.  Ce fut une décision, un choix très précis auquel je me suis accroché. » (Davies)

 

Le choix de T. Davies :  viser l’intimité, l’urgence, le « punch » émotif.  Pour ce faire, un choix de lentilles spécifiques, la façon dont il cadre l’image - les acteurs et la scène – la façon dont il bouge la caméra afin de garder le spectateur très proche de l’histoire ainsi que de l’intensité.

Selon Davies, Lily ne connaît pas ses limites ni les paramètres dans lesquels elle doit évoluer dans cette société éphémère.  C’est là toute la tragédie.

Filmé à Glasgow, Scotland dans des endroits tels :  Kelvingrove Museum, Theatre Royal, Gosford House, Maderston House.  Tourné sur une période de neuf semaines entre juin et juillet 1999.

 

Terence Davies est né à Liverpool en 1945.  En 1976 il produit son premier long métrage, « Children ».  Il s’inscrit au National Film School où il travaille sur son second film :  « Madonna and Child » (1980) qui lui vaut un Gold Hugo au Festival du Film de Chicago. 

 

Un film à voir !

 

Francine Charrette

Club-Culture