LE MANUSCRIT ÉROTIQUE

LE MANUSCRIT ÉROTIQUE

 

Réalisation et scénario  : Jean-Pierre Lefebvre

 

Avec Lyne Ryel, Christiane Drolet, Sylvie Moreau, François Papineau

 

Production : Bernard Lalonde- Vent d’Est  Film Inc

Distribution : Film Tonic

DV CAM-90 minutes- 2002-Canada

 

  A l’affiche en exclusivité à la Cinémathèque québécoise du 27 mai au 1er juin

 

 

 

Synopsis:

 

Un vendredi matin, Lise, 35 ans, secrétaire dans une maison d’édition, épluche le courrier selon son habitude. Un manuscrit intitulé Le manuscrit érotique pique sa curiosité et elle en lit les premières pages. Consternation : le personnage principal s’appelle Élise, est secrétaire dans une étude de notaire, a vécu un premier amour malheureux, a le même âge qu’elle, somme toute lui ressemble comme une sœur jumelle. Lise fait une petite entorse à l’éthique professionnelle et emprunte le manuscrit afin de le lire pendant la fin de semaine. À travers le personnage principal d’Élise, elle revivra les grandes étapes de sa vie amoureuse et redécouvrira le désir d’aimer et d’être aimée.

 

Une histoire toute simple joliment racontée… C’est ainsi qu’on pourrait résumer le film de Jean-Pierre Lefebvre. Le parti pris narratif de l’histoire dans l’histoire fonctionne plutôt bien et l’on navigue avec bonheur  entre les personnages fictifs du roman et celui de Lise l’héroïne du film. Le manuscrit « emprunté » par Lise sert  finalement de prétexte pour partir à la découverte d’un personnage attachant.

 

 Lise ressemble à ce type de femme que le quotidien nous amène à croiser souvent : solitaire et pourtant sociable, jolie dans sa rondeur mais manquant de confiance en elle, déçue par un premier mariage et résolue à se contenter d’une petite vie tranquille avec son chat pour seul compagnon.

 

Le film, alternant les niveaux de récits, permet de s’arrêter un moment pour regarder cette femme parmi tant d’autres, une sorte de cousine affranchie de la petite coiffeuse de La dentellière, le beau film de Claude Goretta. Lise va brusquement être arrachée à sa vie ronronnante, fascinée par le personnage d’Élise, le rejetant au début mais s’y identifiant progressivement, jusqu’à souhaiter vivre une rencontre avec autant d’intensité amoureuse. La fin de semaine, ponctuée par la progression de l’histoire romancée d’Élise et Max devient pour Lise une véritable enquête sur l’amour et la sexualité. Elle se met donc à chercher autour d’elle des réponses à des questions soudain devenues essentielles : comment vit-on une histoire d’amour réussie? S’ensuivent des séquences touchantes et parfois drôles avec la mère, avec la meilleure amie; les réponses ne viendront pas toujours de la façon souhaitée mais Lise aura en deux jours beaucoup appris sur elle-même et les autres …

 

C’est bien du quotidien dans ce qu’il a de plus banal qu’il s’agit ici, un quotidien où pour la mère de Lise le Journal de Montréal tient lieu de fenêtre ouverte sur le monde tandis que le facteur règle ses états d’âme sur la victoire des Expos et  que le voisin avoue n’avoir pas ouvert un livre depuis l’école. Un des défaut du film est peut-être d’être allé un peu loin dans la minutie descriptive de ce quotidien, par un montage plus mou que lent dont les effets n’atteignent pas toujours le but souhaité; certaines séquences, comme celle de la piscine qui pouvait être écourtée et plus suggestive, pêchent un peu par manque d’équilibre. Par contre le mélange des personnages, les aller –retour entre rêve et réalité sont assez réussis. J’ai beaucoup aimé la petite séquence où le personnage d’Élise, sortie par magie du manuscrit, se matérialise dans la chambre d’Élise.

 

 On a comparé Jean-Pierre Lefebvre à Bresson, il est vrai que son style d’écriture parfois dépouillée peut y faire penser mais le regard tendre et amusé qu’il porte sur ses personnages renvoie cependant à un tout autre genre de cinéma où la poésie et la fantaisie ont parfois la part belle. Un film à apprécier en toute simplicité.

 

 

Jean-Pierre Lefebvre est l’un des cinéastes les plus marquants du cinéma canadien. Il a reçu l’ordre du Canada  ainsi que de nombreux prix dont celui de l’Alliance du cinéma indépendant , le Prix Albert Teissier, le prix Lumière … Depuis 1968, dix de ses films ont été invités au festival de Cannes et Les Fleurs sauvages y a remporté le Prix de la critique internationale en 1982. Le manuscrit érotique est son 26 ème long métrage

 

Mariette Gutherz

Club-culture