Kanata

L'Héritage des enfants d'Aataentsic
Un documentaire de René Siouï Labelle
Office national du film du Canada, 1998
Durée : 52 minutes
Présenté en première dans le cadre des Week-ends de l'ONF
Le 15 novembre 1998 à 13 h 30 Au cinéma ONF
(Le réalisateur et l'historien Georges E. Sioui répondent aux questions après la projection)

On apprend la signification du mot Kanata dès le début du film. Jacques Cartier entendit ce mot pour la première fois de la bouche du grand chef Donnacona lors de son deuxième voyage en Nouvelle France : il veut dire "grand village" en langue wendat (ou huronne comme disaient jadis les colonisateurs français).

Et qui est Aataentsic ? C'est une femme descendue d'un monde céleste. Les Oies s'empressèrent de la recueillir sur leur dos en la voyant tomber du ciel. Tour à tour, les animaux aquatiques plongèrent pour aller chercher de la terre au fond des eaux. Le plus humble d'entre eux, le Crapaud, réussit finalement à prendre la terre retenue entre les racines de l'arbre qui accompagna Aataentsic dans sa chute, ainsi que des graines de maïs, de haricot, de courge et de tabac. La Petite Tortue étendit cette terre sur la carapace de la Grande Tortue. Celle-ci s'agrandit jusqu'à former le continent tel que le connurent les ancêtres iroquoiens.

Ce magnifique film a été produit par Jacques Ménard et Jacques Vallée et constitue le deuxième documentaire issu du programme "Cinéastes autochtones" du Programme français de l'Office.

Avec un sens rigoureux et une réelle passion de l'histoire de son peuple, René Siouï Labelle retrace l'itinéraire de ses ancêtres et arpente leur vaste territoire en recueillant lui-même des images d'une beauté saisissante. Il dévoile un passé méconnu et propose une réflexion sur l'identité de la nation wendat à travers des rencontres extrêmement touchantes avec des intervenants amérindiens principalement.

À l'arrivée des Européens, les Wendat vivaient au coeur d'un vaste réseau d'alliances et d'échanges commerciaux, formant une société prospère. Ils résidaient depuis des siècles sur les rives du Saint-Laurent et dans la région des Grands Lacs. Au XVIIe siècle, la présence étrangère allait provoquer de tragiques bouleversements (et épidémies, probablement dues à la présence des hommes blancs) aboutissant à la dispersion de la grande Confédération wendat. Pourtant la nation survivra. Sans renoncer à la défense de ses droits, elle a su sauvegarder un modèle de sagesse, invoquant les liens indestructibles entre l'être humain et son environnement, l'importance des valeurs tarditionnelles telles que le respect d'autrui et l'entraide collective. Une énergie spirituelle émane des femmes (chez les Wendat, c'est elle la chef de famille ; il n'y a donc pas de femme battue dans cette nation car elle a tout le respect qui lui revient de la part des hommes) et des hommes rencontrés dans ce film, la plupart originaires de Wendake, situé à huit kilomètres au nord-ouest de la ville de Stadaconé.

Les Wendat ont toujours été des créateurs d'alliances. Voilà en quoi consistait la force de leurs ancêtres, qui avaient établi des rapports d'échanges avec d'autres nations amérindiennes et qui désiraient en faire autant avec les Européens. (Il y a de quoi à se sentir drôlement coupables ajourd'hui pour ne pas avoir été francs avec eux ; et nous-mêmes, arrière-petits-enfants des colonisateurs européens, voulons-nous, maintenant, réparer l'immense gaffe commise par nos ancêtres ?) Voilà où réside encore leur force actuelle. Malgré un trajet douleureux, malgré tant d'adversités, les Wendat continuent d'aller vers les autres, de tendre la main, de proposer des accords. Leurs voix seront-elles entendues ? Au XVe siècle, le prophète wendat-mohawk Deganawidah lançait ce message : "L'Arbre de la Grane Paix abritera tous ceux qui suivront le parcours de ses racines". Un message qu'on aurait intérêt à écouter et à méditer.

Kanata... un film d'auteur touchant et qui fait réfléchir. J'en ai été bouleversé.

Michel Paul Beaudry
Club Culture