IRIS

IRIS

 

Alliance Atlantis Vivafilm

Réalisateur :  Richard Eyre

Musique :  compositeur et direction d’orchestre, James Horner avec la participation du violoniste Scott Rudin

Photographie :  Roger Pratt BSC

Basé sur les livres de John Bayley :  « Elegy for Iris » et « Iris and Her Friends »

Scénario :  Richard Eyre et Charles Wood

 

Distribution :  Kate Winslet (Iris – jeune), Hugh Bonneville (John Bayley – jeune), Judi Dench (Iris Murdoch), Jim Broadbent (John Bayley), Penelope Wilton (Janet Stone), Juliet Aubrey (Janet – jeune).

 

Genre :  portrait intimiste de Iris Murdoch (drame psychologique – romance)

Durée :  95 minutes approx

 

Synopsis

Les 40 ans de vie amoureuse entre Iris Murdoch et John Bayley.  Une vie tumultueuse, touchante à plusieurs égards sur la nature même du mariage – passer une vie auprès et avec une autre personne incluant à la fois, toutes les complexités et les merveilles d’une telle relation.  Leur histoire d’amour a inspiré plusieurs écrivains mais elle montre également qu’un amour peut aussi durer et ce, à travers des événements tragiques ou de mystérieux secrets……

 

 

Iris Murdoch, décrite comme étant l’une des femmes les plus brillantes de son temps en Angleterre.  Elle était une personne extraordinaire, une icône de sa génération.  Depuis ses jours comme étudiante à Oxford, où elle ébloui tout son entourage avec son esprit libertin, tout au long de sa carrière autant comme philosophe que romancière et jusqu’à la fin, Iris était certainement en avant de son temps…..

 

C’est à travers ses yeux que nous entreprenons le long voyage dans le temps, au cœur de sa vie, de 1950 jusqu’à sa mort en 1999.

Dès les premières images – une caméra se promène sous l’eau d’une petite rivière. Au ralenti, elle capte les mouvements d’un homme et d’une femme qui se baignent – Comme un pendule, les pensées d’Iris basculent tantôt dans son passé, tantôt au présent.  Le temps s’écoule doucement et avec lui, entraîne Iris dans la noirceur, les abîmes de la folie dégénératrice.

 

Je savais que le film qui allait se dérouler devant moi serait inusité voir magique.  Une aura de mystère nous plonge profondément dans une incandescente poésie conflictuelle entre ce que nous considérons être la normalité et l’anormalité.

Ce que nous ne pouvons comprendre nous agresse et nous bouleverse, nous angoisse et nous questionne.

Aucune hésitation.  Les premières images :  l’univers aquatique supporté par une musique saisissante.  C’est précisément cette perception d’incompréhension et d’inconnu qui rend cette mise en scène si bouleversante et subtile, symbolisant la dualité – sérénité / angoisse, amour / haine……L’eau = mère bienfaitrice et régénératrice.  Cette scène prend tout son sens quand il s’agit de camper le personnage exubérant et explosif d’Iris Murdoch.

C’est le point de vue d’Iris, son regard sur la vie, ses convictions, ses pulsions, son appétit insatiable pour la liberté.  Sauvage et secrète, elle provoque, injecte le doute, invente des personnages et elle fuit les relations trop intimistes en saisissant le moment présent :  le plaisir pour le plaisir – hommes ou femmes - jusqu’au jour où elle fait la  rencontre de John Bayley.

 

Subjugué par autant d’éclat, fasciné par autant d’intelligence, petit à petit, il l’apprivoise, devenant un ami puis, un confident et critique, un amant et finalement, un mari.  Iris s’abandonne complètement parce qu’il n’exige rien d’elle.  Il l’accepte et l’admire sans restriction.  John l’aime d’un amour inconditionnel.  Une osmose qui les unit et les protège du monde qui les entoure.  « C’est comme vivre dans un conte de fée.  Je suis le jeune homme, en amour avec une belle jeune fille qui disparaît de temps à autre, dans un monde inconnu et mystérieux…….mais toujours, elle revient. »  (John Bayley sur Iris Murdoch)

 

Fragilité – force, jour – nuit, lumière – ténèbres.  Ces deux êtres diamétralement opposés puisent leur force dans le respect mutuel et l’acceptation non équivoque qu’ils ont l’un pour l’autre.  John est son encrage et son moteur.  Ce qui l’a toujours fasciné chez Iris, en plus d’être une femme exceptionnelle c’est sa nature bohémienne et l’amour sans retenue qu’elle porte à la vie. 

Elle dit ceci :  l’éducation est nécessaire voire essentielle.  Non pas qu’elle soit une garantie au bonheur, mais elle peut nous aider à le reconnaître et l’apprécier quand il est présent……..

 

Constamment entre le passé et le présent, Iris se rappelle les moments les plus importants de sa vie, à partir de sa rencontre avec John Bayley.  Tous deux à la retraite, ils continuent d’écrire chacun dans leur chambrette.  Iris a de plus en plus de difficulté avec les mots, la mémoire et la concentration.  Son esprit divague et elle a de moins en moins d’emprise sur le présent.  Elle sait qu’elle n’a plus de contrôle, qu’elle n’a plus beaucoup de temps…..la maladie d’Alzheimer gruge son cerveau et elle le sait. 

 

Un film émouvant, des personnages intenses.

Iris est prise entre deux mondes mais que ce soit dans l’un ou dans l’autre, elle ne se sent jamais complètement chez elle.….(Ambivalence – dualité)

Les comédiens et comédiennes qui personnifient John et Iris – jeunes :  Kate Winslet et Hugh Bonneville, sont absolument génials….

Hugh Bonneville incarne un jeune homme charmant, ni beau ni laid, timide et discret, au regard pétillant, toujours de bonne humeur.  Une performance authentique.  Quant à Kate Winslet, elle est incendiaire, enivrante, elle offre le meilleur des inflexions de la superbe Iris.  Son jeu est intensément lyrique.

 

John et Iris – âgés :  Judi Dench et Jim Broadbent.

Une Judi Dench si intense et fragile qu’elle nous entraîne d’emblée dans l’univers maladif d’Iris.  C’est une descente aux enfers.  Sa performance est poignante.

Jim Broadbent s’approprie complètement le personnage de John Bayley, un intellectuel brillant, protecteur et amoureux fou de Iris.  (On l’adore !)

 

En aucun temps, ni le jeu ni la personnalité des acteurs ne s’affrontent ou désarçonnent le spectateur.  Ils se ressemblent tellement – jeunes ou vieux – les attitudes sont parfaitement équilibrées, il n’y a pas de cassure.  Le charisme des personnages, hommes ou femmes confondus, sont assimilés puis intégrés dans un registre expressif.  Les physionomies, la structure du langage et les dialogues, contribuent plus que tout autre, à fixer les personnages.  Ce qui à la fois nous bouleverse et nous foudroie chez John et Iris (âgés), c’est la dégradation de leur environnement immédiat - la maison.  Rien n’est plus important que leur écriture et leur état de dépendance émotive.  N’ayant pas d’enfants, ils vivent dans leur bulle.  La seule personne qu’ils fréquentent – rarement – c’est Janet Stone – une ex amante d’Iris…..

Dans la maison, tout traîne lamentablement, c’est le chaos, un vrai désastre.  Ces images dérangent parce qu’ils ne sont pas supposés vivre dans ces conditions insalubres.  Ils sont devenus des écrivains reconnus, ils ont les moyens de vivre décemment……Mais, ils sont complètement déconnectés.  On sent la lassitude et le désarroi chez John et Iris – âgés.  Ils savent la fin proche.  Conscients, ils s’accrochent l’un à l’autre.

Deux acteurs extraordinaires !

 

Le film prend un sens et s’ordonne en une œuvre évolutive et cohérente, pour celui ou celle qui se donne la peine de regarder au-delà des images.  Le réalisateur magnifie les personnages, il compose avec le meilleur et le pire.  Le pire étant la dégradation, l’effritement de la mémoire et l’apparition de zones noires de plus en plus grandes dans le cerveau d’Iris. 

Le scénario comporte deux sous-scénarios, sans toutefois déranger le spectateur.  Richard Eyre joue sur les nuances, soulignées par les éclairages, les décors et la musique.  Il faut également souligner les prouesses du responsable de la photographie.

 

En somme, un film génial à ne pas manquer !

 

Luc Lavallée

Club-Culture