MES ENFANTS NE SONT PAS COMME LES AUTRES

MES ENFANTS NE SONT PAS COMME LES AUTRES

Festival des Films du Monde 2003

France- 88 minutes

 

Réalisation et scénario : Denis Dercourt

Photo : Jérôme Peyrebrune

Montage : Marie-Joséphe Yoyotte

Interprétation :

Richard Berry, Mathieu Almaric, Maurice Garrel, Élodie Peudepièce, Malik Zidi

 

Production : les Films à un dollar

Distribution : K-Films Amérique

 

 

 

Résumé :

Jean Débart élève seul ses deux enfants et exige d’eux un apprentissage forcené de la musique. Musicien d’orchestre lui-même, il est également leur professeur. Alexandre, onze ans, pianiste soliste virtuose, se plie apparemment aux exigences paternelles. Par contre, Adèle, adolescente et brillante violoncelliste, se montre moins docile que son frère. Alors qu’elle se prépare à participer aux plus prestigieuses compétitions musicales elle tombe amoureuse de son accompagnateur, Thomas. Mais il n’est pas permis à une Débart de concilier carrière musicale et premier amour…

 

 

Dès  l’ouverture du film on sait que l’on n’est pas dans une famille « comme les autres ». C’est une famille de musiciens où le mode de vie est dicté par la rigueur de travail indispensable pour conduire à la perfection de l’art.

Les enfants Débart vivent à Strasbourg dans une grande maison austère et bourgeoise, ne vont pas à l’école, n’ont pas d’amis et comme seul répétiteur leur propre père. Ce musicien d’orchestre consacre sa vie à leur faire suivre le parcours de virtuose qu’il n’a pas eu la possibilité d’accomplir lui-même, « ses parents ne lui ayant pas donné cette chance. »

Des ombres planent sur la maison, celle de la mère, brillante soliste violoncelliste récemment disparue, celle du grand-père (Maurice Garrel) chef d’orchestre renommé, qui se tient à distance depuis la mort de sa fille.

 

Richard Berry incarne avec une belle retenue le personnage du père, tendu vers un but unique à tel point qu’il exige de ses enfants le sacrifice absolu au nom de la musique. Mais doit-on sacrifier le bonheur à la réussite? Peut-on transmettre à tout prix à ses enfants, « pour leur bien » un idéal qu’on n’a pas soi-même atteint? Le film tout entier est construit autour de cette interrogation, rejoignant la thématique de la transmission et de l’amour parental.

 

Les personnages des enfants sont très intéressants, car chacun à leur façon, ils vont vers la vie, devenue peu à peu pour eux la  survie. Alexandre se réfugie dans une autre passion que la musique et trouvera en son oncle, pourtant musicien, (interprété avec beaucoup de finesse par Mathieu Almalric) un allié précieux dans l’initiation au bonheur. Adèle va aller jusqu’au bout de la révolte, ce qui lui permettra d’affirmer ses propres choix, celui de l’amour en premier lieu, rejoignant finalement  celui de la musique.

 

Parce que le réalisateur parle sans aucun doute d’un sujet qu’il connaît intimement, le ton est juste, peu de dialogues, un traitement sobre, (images, décors, lenteur du rythme) souvent glacial, à l’image du père, mais par moments poignant sans mièvrerie. La musique, omni présente, est ici plus qu’un accompagnement, elle participe vraiment à la narration, ce qui est le propre d’un film réussi.

 

Un film à voir, pour son sujet original et pourtant universel, pour la qualité de la mise en scène et de l’interprétation.

 

 

 

Denis Dercourt :

Après des études au Conservatoire de Paris, Denis Dercourt a joué de l’alto en  musique de chambre et en soliste, notamment avec l’Orchestre symphonique français. Il réalise son premier long métrage Les Cachetonneurs  en 1998, suivi de Lise et André en 2000. Parallèlement à son activité de cinéaste il enseigne la musique au Conservatoire de Strasbourg.

 

Mariette Gutherz

Club-Culture