
D’après
le roman de Charles Frazier
Réalisateur : Anthony Minghella
Scénario : Charles Frazier et Anthony Minghella
Distribution : Jude Law (Inman), Nicole Kidman (Ada
Monroe), Renée Zellweger (Ruby Thewes), Donald Sutherland (Reverend Monroe),
Ray Minstone (Teague), Brendan Gleeson (Stobrod), Philip Seymour Hoffman
(Vasey), Natalie Portman (Sara), Kathy Baker (Sally Swanger), James Gammon
(Esco Swanger), Giovanni Ribisi (Junior) etc…
Photographie :
John Seale
Musique
originale : Jack White, Gabriel
Yared et T-Bone Burnett
Durée : 155 minutes
Genre : drame/romance/sur fond historique
Vers la
fin de la grande Guerre Civile américaine, un soldat (Inman) blessé et découragé par tant de haine et de tuerie décide
de revenir dans son village retrouver sa bien-aimée (Ada) à Cold Mountain dans
la Caroline du nord.
On se
rappellera le grand classique « Autant en emporte le vent » avec
l’inoubliable Clark Gable et Janet Leigh….
Nous
retrouvons ici cette même ampleur, cette même force à la fois dans les
personnages principaux et la Guerre Civile Américaine dans ses derniers ébats.
Une
grande histoire d’amour entre Ada fille unique du nouveau pasteur et le
silencieux et timide Inman. L’attirance
est réciproque mais ni l’un ni l’autre n’ose révéler son amour. Quand la guerre
frappe aux portes de Cold Mountain, le petit paradis paisible laisse place à la
désolation et à la cupidité d’une bande d’hommes en quête de pouvoir. Ces
hommes se font justiciers, tuant toute personne qui offre gîte ou toute forme
d’aide à des soldats déserteurs…..
Le film
se déroule sur quatre années. Ada ne
cesse d’écrire à Inman même si elle ne reçoit pas de réponse. Ce sont des lettres d’amour et d’espoir même
si, de son côté, sa vie se désagrège en mille miettes.
Le
réalisateur ouvre le récit sur une scène de guerre explosive et brillante, la
bataille de Petersburg. Inman et ses amis devront se défendre corps et âme pour
rester en vie. Nous assistons à une vraie boucherie. Des milliers d’hommes qui
s’empilent au bas d’un monticule à découvert, des cibles parfaites pour
l’ennemi. Un portrait claustrophobe et
dérangeant à la suite duquel, des morts jonchent le sol rougi par le sang des
victimes que l’on dispose en tas ça et là.
Le regard du réalisateur sur cet épisode guerrier surprend d’autant plus
que jamais nous n’avions été confrontés à une scène aussi sanguinaire dans les
films précédents, réalisés par Minghella.
Blessé à
la gorge et mené dans un hôpital de fortune, Inman se bat pour rester en vie. Petit à petit, il retrouve la force et le
courage pour retourner non pas sur les champs de bataille mais à la maison vers
Ada et les siens. Il refuse de
participer plus longtemps à une guerre inutile. Devenu déserteur il entreprend un long et dangereux périple
seul. Sur son chemin, il fera la
rencontre de plusieurs personnages lesquels l’aideront ou le trahiront….Une
ribambelle d’hommes et de femmes pris dans un engrenage de survie avec leurs
démons. Inman s’aperçoit que la guerre
ne se déroule pas seulement sur les champs de bataille…
Pendant
ce temps à Cold Mountain, Ada erre dans les rues du village, seule et sans
moyen. Élevée dans la plus pure
tradition bourgeoise, elle se retrouve complètement démunie quand il s’agit de
s’occuper d’une maison, d’animaux, de se nourrir, de jardiner etc….Petit à
petit, elle se retrouve dans une situation précaire qui inquiète une bonne
amie. Alors survient Ruby Thewes une
jeune femme dynamique, l’antithèse d’Ada.
Élevée à la dure dans les montagnes par un père alcoolique, elle connaît
tout de la ferme : travaux
manuels, cuisine, jardinage, animaux, etc….Exactement ce qu’Ada a besoin. Ce faisant, Ruby entraîne Ada dans son sillage,
l’obligeant à quitter ses bouquins, son piano et la grasse matinée pour passer
de l’autre côté du miroir, celui de la réalité quotidienne en apprenant à
subvenir à ses besoins.
Ada
change au contact de Ruby et elles deviennent rapidement des amies inséparables
– deux sœurs.
Des
différences oui, mais des similarités dans les valeurs qu’elles
défendent : respect, tolérance,
grandeur d’âme, fidélité, ouverture d’esprit, détermination.
Les deux
personnages principaux – Ada et Inman se transforment sous nos yeux. Les deux perdent l’innocence de la jeunesse
et leur regard tendre. La guerre ravage
non seulement les hommes mais également la Terre partout où elle passe.
Nous
retrouvons également un soupçon de regard sur l’esclavage puisque nous sommes
dans un état du sud (pro-esclavagisme)…mais là n’est pas le propos.
Pour
l’adaptation du roman épique de Charles Frazier, Minghella (« Le Patient
Anglais » et « Le Talentueux M. Ripley ») reste dans la mire de
la grande histoire d’amour entre Ada et Inman sur fond de guerre. Ce sera à partir du grand voyage de retour
d’Inman et de ses aventures (mouvement/espace/temps) et de celui d’Ada après la
mort de son père (mouvement/espace/temps), que nous serons transportés au cœur
de l’histoire.
Comme
spectateurs, nous sommes toujours placés en « porte-à-faux » entre
l’humanité et l’animalité de l’Homme en période de grands tumultes, où l’on tue
avant d’être tué. les repères n’existent plus et l’être humain glisse tout
doucement dans la torpeur, perdant tout sens moral. Cet aspect crucial Minghella l’a compris en l’intégrant
parfaitement dans le rythme et l’atmosphère.
Jamais il ne perd de vue cet équilibre fragile entre la raison et la
folie. Deux parcours : celui d’Inman et celui du quotidien de Ruby
et d’Ada.
Le souci
constant du détail (costumes, maquillage, décors, effets spéciaux, photographie),
une vision cinématographique de Minghella choisissant l’histoire d’amour de
deux êtres séparés par une guerre fratricide et injuste au centre et,
l’évolution parallèle de ces deux êtres sur une période de quatre ans, les
trois éléments essentiels sur lesquels repose le film. A mon avis, une décision judicieuse sans
quoi le film aurait perdu de sa saveur.
La
signature d’Anthony Minghella on la retrouve : des scènes extravagantes aux scènes ludiques en passant par la
poésie de l’image en des lieux de contrastes et des personnages tout aussi
forts à travers lesquels l’histoire est racontée.
Un amour
fort, aussi fort que la nature elle-même.
L’amour que nous saisissons est celui de la perfection du sentiment, de
sa démesure et de son intemporalité…….c’est ça le romantisme de Minghella.
Le choix
des Kidman, Zellweger et Law est fabuleux.
Il y a une magie entre ces trois acteurs. Chacun faisant ressortir le talent de l’autre, le complète ou le
renforci.
Ada
(Nicole Kidman) – précieuse, délicate, douce, élevée dans l’abondance, aimée et
choyée par son père. Mais, derrière ce
corps d’apparence fragile comme le cristal se cache une force insoupçonnée.
Ruby
(Renée Zellweger)– sauvage, élevée à la dure par un père inconscient, brutal,
irresponsable et alcoolique. Elle a
vécu dans les montagnes et elle a appris à se débrouiller seule pour
survivre. Par contre elle possède de
belles valeurs et elle a un cœur d’or.
La nature de ce personnage est à l’opposé : une jeune femme d’apparence de garçon manqué
mais derrière ce visage se cache une sensibilité et une fragilité
insoupçonnées…..
Inman –
beau garçon (musclé, yeux d’acier, regard perçant, donnant l’impression d’être
un dur), travailleur, indépendant, solitaire, serviable, bon cœur, honnête et
fidèle…..en amitié comme en amour (Le prince charmant quoi !)
Trois
acteurs exceptionnels….
Un film
à grand déploiement ! Il possède la
magnificence des grandes productions hollywoodiennes avec le doigté de
Minghella. C’est peu dire !
Une
grande histoire d’amour avec classe, dignité et raffinement. Le fil de l’histoire est soutenu. Tout au long du pèlerinage de Inman,
Minghella nous réserve de belles surprises.
La
pureté et la dynamique de l’amour entre Inman et Ada sont tout aussi poignant
et noble que celui de Roméo et Juliette….
Bon
cinéma !
Francine
Charrette
Club-Culture