LA PASSION DU CHRIST

LA PASSION DU CHRIST

(The Passion of Christ)

 

Un film de Mel Gibson

Scénario : Benedict Fitzgerald et Mel Gibson
Produit par: Bruce Davey, Mel Gibson, Stephen McEveety et Enzo Sisti, Directeur de la production

Images :  Caleb Deschanel

Distribution :  James Caviezel (Jésus), Maia Morgenstern (Marie), Monica Bellucci (Marie-Madeleine), Francesco Cabras (Gesmas), Rosalinda Celentano (Satan), Ivano Marescotti (Ponce Pilate) et plusieurs autres

 

Musique :  John Debney

 

Genre :  drame/fiction - historique-biblique

Durée :  120 minutes approx

 

Synopsis

Les douze dernières heures de Jésus de Nazareth

Dans la province romaine de la Palestine, le charpentier juif qui s’appelle Jésus de Nazareth proclame qu’il est le fils de Dieu.  Il est venu sur terre pour délivrer l’Homme du péché et prêcher la paix.  Pendant toutes ces années, Jésus s’est fait des ennemis.

 

Dans le cercle intime de Jésus, Judas Iscariote vend son maître et ami au Sanhédrin, le tribunal suprême de la communauté juive composé de prêtres juifs et de pharisiens – ils poursuivent ce Roi, ce Messie, depuis longtemps.  Ensemble, ils complotent sa mort.

 

Entouré de quelques disciples, Jésus prie son Père de lui épargner le supplice de la mort et de la souffrance.  Vendu aux soldats romains, Jésus est amené au Temple, devant les puissants grands prêtres pour y être jugé.  C’est alors que commence son calvaire et sa torture.  Amené devant Pilate qui est le seul maître des lieux à accorder la mort…..Jésus déclare que son Royaume est céleste et spirituel.  Il n’est donc pas coupable de trahison contre Rome mais devant la possibilité d’une émeute parmi la foule, Ponce Pilate n’a d’autre choix que de se laver les mains du sang de cet innocent.  Il sera crucifié.

 

 

Selon plusieurs témoignages d’archives et de spécialistes en la matière, Ponce Pilate était une brute sanguinaire, un dictateur et profiteur.

Ici, il nous est présenté comme un homme tempéré, presque bon et juste……

Cette conception de Mel Gibson passe complètement à côté de cette réalité.  Une ombre au tableau !

 

Après avoir entendu et lu de nombreuses critiques de gens crédibles en la matière (spécialistes de la Bible et des Évangiles, théologiens, critiques de cinéma, juifs pratiquants et non pratiquants, prêtres catholiques, chrétiens etc….), après nous avoir inondé de nouvelles - médias écrits, parlés et télévisuels-, je suis allée voir ce film.  Pourquoi tant d’émois et pourquoi tant de publicité sur le film de Mel Gibson ?  Pourquoi tant de tergiversations et de paranoïa ?

Pour toutes ces raisons et parce que j’aime bien ce que fait Mel Gibson en tant qu’acteur et réalisateur, non pas par voyeurisme mais plutôt pour me forger ma propre opinion tout en évitant de me laisser influencer par le jugement ou les opinions des autres, je suis allée voir le film.

 

J’ai entendu comme bien d’autres ces mots :  antisémitisme, violence gratuite, étroitesse d’esprit, point de vue radical et minimaliste, interprétation quelquefois mensongère etc….Oui, la violence physique et verbale est au rendez-vous, oui la brutalité voire la folie de l’Homme jusqu’à l’insupportable remplie les deux heures du film, oui la réalité insoutenable de la torture qu’endure Jésus nous est montrée en détails.

Que faut-il s’attendre de voir, lorsque même le réalisateur nous informe que son film porte sur les douze dernières heures jusqu’à sa crucifixion de Jésus de Nazareth ?  À un traitement de contes et légendes ?

 

À quoi nous attendrions-nous si un réalisateur nous proposait les supplices et les tortures indescriptibles dans des camps de concentrations et surtout des abominations exercées dans des salles d’expériences médicales sur des êtres humains durant les années de pouvoir d’Hitler ?  Je n’ose répondre à cette question…..et vous ?  Ce n’est pas tout un peuple qui est mis en accusation ici, ce sont les criminels responsables de tels crimes - nuance.

Et ramenons cette prémisse à une situation encore troublante la guerre du Vietnam, la guerre en Bosnie (Cerbes et Croates), les nettoyages ethniques ou le génocide au Rwanda…..

 

Se faire raconter est une chose mais vivre la souffrance et la torture d’un être humain à travers des images sur grand écran en est une autre – c’était comme voir à l’écran se dérouler un meurtre en temps réel – C’est ni plus ni moins, un « film réalité ».  Sur ce point, je me pose moi-même la question :  était-ce gratuit ?  Accusateur ?.

C’est pourquoi j’ai pris ce film à un autre degré et je m’explique :  à travers cette démonstration d’horreur commise par l’Homme, j’y ai vu des millénaires de souffrances - les nombreuses invasions de pays alors inconnus tout au long de l’Histoire, l’esclavagisme - des hommes et des femmes traités comme des animaux par des Hommes -, les nombreux génocides commis par les grandes puissances à travers les époques, l’Inquisition, les guerres successives au nom de l’Église, des Rois, des religions etc….

Que dire des crimes inhumains commis au nom de la justice et de la vérité par des hommes de pouvoirs et ce, envers leurs semblables ?  Les meurtres gratuits de femmes et d’enfants innocents tout au long de l’Histoire de l’Humanité ?

Encore aujourd’hui, comment pourrions-nous mettre en images l’enfer vécu par les peuples africains, les tortures multiples dans les prisons de pays sous dictatures ?  La lapidation publique de jeunes femmes jugées et trouvées coupables d’adultère malhonnêtement par des hommes - soit disant inspirés par la parole divine ?

Impossible me diriez-vous et pourtant !

Pour moi, ce film est un symbole à travers lequel, encore aujourd’hui, des hommes et des femmes de bonne volonté, innocentes meurent chaque jour au nom de la justice et de la paix.

 

« La Passion du Christ » est une vision, une opinion personnelle émise par un homme, Mel Gibson qui nous fait vivre le chemin de croix de Jésus de Nazareth.  C’est un témoignage très personnel et peut-être discutable pour plusieurs.  Chacun y puise sa propre vérité, émet sa propre opinion….mais nul ne peut prétendre posséder La Vérité.  Rare nous a été de voir sur grand écran, un film aussi cru, aussi politique, aussi provocateur, obligeant la réflexion et suscitant la polémique.  Personnellement, je n’y vois pas d’accusation envers le peuple juif en particulier mais plutôt une accusation envers des gens de pouvoir malhonnêtes, voyant en Jésus un révolutionnaire, un provocateur au charisme indéniable, prêchant la parole de Dieu, attirant les foules et ébranlait dangereusement les fondements même de leur pouvoir.  Il osait questionner leur foi, leurs paroles, leur crédibilité, leur honnêteté profonde et c’est ce principe même qui est mis à nu.  Encore une fois, il m’a paru symbolique et très actuel en ces temps obscurs.  Si nous transposions ces événements à la couleur du vingtième siècle, ne pourrions-nous pas y trouver des similitudes !  Troublant n’est-ce pas ?  Il y a ici assez de matière pour en ébranler plus d’un…….

 

Maintenant, si nous abordons l’aspect cinématographique, nous pouvons apprécier les effets spéciaux, les costumes, le maquillage, la qualité des images et des décors, l’utilisation d’éléments importants pour créer des atmosphères comme la lumière, les ombres et parfois, des images dramatiques créant des fresques picturales saisissantes.  Le réalisateur et co-scénariste y insère des scènes particulières à chacun des protagonistes….Jésus prêche l’amour du prochain, le pardon, la charité, la compassion :  «En vérité je vous le dis, aimez votre prochain, ceux qui vous aiment mais par-dessus tout, aimez vos ennemis, pardonnez-leur car vous trouverez du réconfort dans le pardon… ».

Marie se rappelle quelques événements :  Jésus enfant, Jésus charpentier.

Marie-Madeleine revit sa rencontre avec Jésus alors qu’elle est trouvée coupable d’adultère, prête à recevoir les pierres meurtrières….

L’apôtre Pierre se rappelle sa déclaration à Jésus concernant sa fidélité totale et entière, jusqu’à la mort s’il le faut et de la réponse de Jésus :  « Avant le chant du coq, tu m’auras renié trois fois. »

L’apôtre Judas se rappelle les paroles de Jésus quand il lui dit qu’il le trahira et le donnera en pâture aux romains.

La sobriété de ces courtes scènes sont touchantes, sensibles et presque innocentes devant tant de brutalité. 

L’image même de Jésus, le fils de Dieu sur laquelle les apôtres ont bâti son Église – le fondement du catholicisme -, est devenu un être intouchable et voir dérouler ces images provoque un sentiment très troublant je l’avoue.

 

J’ai été transportée par la beauté de l’œuvre musicale tout au long du film.  Une œuvre orchestrale inspirée et grandiose enrichie par un chœur imposant, possédant tous les éléments dramatiques.  Ce grand compositeur devrait en être fier.  Pour ce qui est de son questionnement personnel sur sa participation à l’œuvre cinématographique de Mel Gibson, je respecte son opinion.  Il n’en demeure pas moins qu’il a été porté par le sujet en créant une œuvre musicale empreinte de sensibilité et de spiritualité.

 

Un film discutable pour plusieurs et pour différentes raisons.  Un film pour les 17 ans et + à cause de scènes brutales et de la torture insoutenable qui se déroule sous nos yeux – parmi les soldats romains, il y en a quelques uns qui semblent démontrer une certaine humanité, une certaine pitié envers Jésus mais ceux-là mêmes (quelques uns) choisis pour torturer un être humain et y prendre un malin plaisir sont des fous dangereux, dénués de toute conscience.  Des psychopathes meurtriers, habités par le mal et recevant l’absolution de Ponce Pilate au pouvoir et de ses sbires justiciers, sous les yeux approbateurs des grands prêtres juifs du temple !

 

Enfin !  Il faut avoir le cœur solide et des valeurs humaines profondément encrées pour aller voir ce film !

Pour ce qui est des valeurs sociales, humaines et religieuses de Mel Gibson, lui seul peut en débattre, lui seul peut répondre de la pertinence du scénario, de son inspiration, de ses propos, de son honnêteté et des raisons profondes qui l’ont amené à réaliser « La Passion du Christ ».

À nous le choix d’aller ou de ne pas aller voir le film, le droit à exprimer notre propre opinion sur le contenu.

 

 

Bon cinéma !

Luc Lavallée

Club-Culture