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Brother of sleep

Un film de : Joseph Vilsmaier
Avec : André Eisermann, Dana Vavrova, et Ben Becker
Allemagne 1995, durée : 127 min.
Version originale allemande sous-titrée en anglais

Du cinéma au pays de Wagner

Époustouflant comme une symphonie de Wagner que ce film arrivé tard sur nos écrans Nord- Américains ! Tiré de son propre roman, prix de Medici, Robert Schneider en a fait l’adaptation cinématographique. Vilsmaier en a fait la mise en scène et la photographie majestueuse. La direction artistique a été confiée à Rolf Zehetbauer, celui-là même qui avait assumé celle de Das Boot en 1979 et qui lui avait valu un Oscar. Toute une équipe de production et toute une distribution. Wisermann, Vavrova et Becker, le trio lumineux de ce film généreusement transcendant et admirablement bien dirigé par leur metteur en scène. Le film est intense et touffu comme la musique du grand maître de chapelle Richard Wagner. C’est la meilleure comparaison que nous puissions faire pour décrire ce film.

Synopsis

Tourné en cinémascope, "Brother of sleep" raconte une histoire qui se déroule au début du XIXe siècle dans un village perdu des Alpes autrichiennes où Elias Johannes Alder (André Eisermann) vient au monde. L’enfant est doté d’un don musical peu commun. Très tôt ce pouvoir en lui, fascine et effraie les villageois d’Eschberg, à l’exception de Peter (Ben Becker), son seul et unique ami. Les deux garçons passent secrètement des nuits entières dans l’église du village à refaire l’orgue et sur lequel Elias improvise et crée des pièces musicales somptueuses. Quand Elsbeth (Dana Vavrova), la petite soeur de Peter, naît, Elias est attiré vers un lac et s’étend sur une pierre en guise d’autel. Là, nu, il reçoit son véritable baptême : les sons de l’univers s’abattent en lui pour y habiter jusqu’à la fin de ses jours. Cette double naissance va unir ces deux êtres profondément.

Au fur et à mesure que les trois enfants grandissent et deviennent adultes, leur passion commune va les consumer. Elsbeth devient amoureuse de Elias qui l’aime aussi, mais ne sait distinguer son amour pour la musique et pour elle. Peter, qui aime en secret Elias, devient jaloux de la relation qui s’établit entre sa soeur et son meilleur ami.

Comme dans un opéra de Wagner, les protagonistes sont déchirés et ne connaîtront jamais la paix intérieure ni le bonheur. La fin est tragique mais il subsiste quand même une petite lueur d’espoir.

"Brother of sleep" est une magnifique reconstitution d’époque où romantisme et fièvre tourmentée s’entremêlent. La trame sonore et musicale est d’une beauté indescriptible. Vilsmaier mène son film avec une baguette de fer dans laquelle le réalisme dur de ce village pauvre de montagne s’oppose au mysticisme profond et poétique de la personnalité de Elias.

Un chef d’oeuvre qu’il faut voir.

Michel Beaudry
pour Club Culture