
(Film
québécois)
Après
« Le Déclin de l’Empire Américain » -
La suite
– « Les Invasions Barbares »
Réalisateur : Denys Arcand
Distribution : Marie-Josée Croze (Nathalie), Rémy Girard
(Rémy), Yves Jacques (Claude), Dorothée Berryman (Louise), Dominique Michel
(Dominique), Louise Portal (Diane), Sophie Lorain (première amoureuse), Mitsou
Gélinas (Ghislaine), Stéphane Rousseau (Sébastien) et Pierre Curzi (Pierre).
Prix du
meilleur scénario pour Denys Arcand
Prix
d’interprétation féminine à Cannes – Marie-Josée Croze.
Genre : drame - social
Durée : 98 minutes approx.
Les
derniers jours de Rémy.
A coups
de pots-de-vins, le jeune opérateur de marché Sébastien entreprend d'adoucir
les derniers jours de son père, le professeur d'histoire Rémy, hospitalisé pour
un cancer au cerveau. A son chevet, le malade retrouve son ex- épouse et ses
anciens collègues.
Moments
photographiques exquis : coup
d’œil impressionniste ( l’automne dans les Laurentides), coup d’œil wagnérien
ou mahlerien…..(luminosité sur le lac..coucher de soleil)…
Une
trame musicale empreinte d’émotion…. – Un beau mariage !
Cette
fois, nos protagonistes se retrouvent autour de Rémy pour l’accompagner dans
ses derniers moments de vie.
Ils ont
vécu, ils ont vieilli – mais ce sont toujours les mêmes personnages qu’il y a
vingt ans.
Claude
(Yves Jacques) demeure à Rome avec son amant – un Italien. Diane (Louise Portal) a toujours des
aventures avec les hommes de son choix.
Elle demeure en campagne et ne voit pas ses deux filles depuis très
longtemps. Nathalie (Marie-Josée
Croze), l’une des filles de Diane est héroïnomane. Pierre (Pierre Curzi), marié à Ghislaine (Mitsou), jeune blonde
plantureuse, est maintenant père de deux petites filles. Rémy (Rémi Girard) a un cancer du
cerveau. Séparé depuis une quinzaine
d’années, il voit toujours Louise (Dorothée Berryman), son ex. Ils ont deux enfants : Sylvaine, une passionnée de la voile et des
voyages et Sébastien, un jeune millionnaire de la génération des nouveaux
riches de la haute technologie et du marché boursier à Londres.
Au cœur
du film : la relation père-fils
(Sébastien et Rémy) où se sont greffés de grands débats de société
contemporains – l’euthanasie (le droit de décider de sa propre mort), les
problèmes chroniques dans le domaine de la santé (sous-financement, manque
d’employés, surpopulation de la clientèle hospitalière, politiques irréalistes,
pouvoir éhonté du syndicat) et ses répercussions…..Le pouvoir de l’argent, la
corruption, la drogue etc….
Sébastien
est appelé au chevet de son père mourant.
Malgré une indifférence totale, il vient parce que sa mère lui a demandé
et qu’elle a beaoin de lui pour voir à la « paperasse ». Une belle réponse au « Père manquant,
fils manqué ».
Une
suite d’événements nous font voir une bureaucratie étouffée sous le poids de
lois et règlements internes inappropriés, le climat verreux qui règne à
l’intérieur de certains syndicats etc…
Des
couloirs d’hôpitaux bondés, du personnel à bout de souffle pendant que des étages
sont complètement vides.
Un
« lap-top » volé dans la chambre d’un patient….qui est responsable du
vol ?
Au
comptoir des plaintes pour rapporter le vol ou la disparition, un agent de
sécurité lui répond que c’est normal.
Après tout, ces pauvres malades ne voient rien, ils sont tellement
bourrés de médicaments ! Les seuls
crimes pour lesquels les policiers se présentent sont les crimes sur la
personne avec violence….comme les viols.
À part cela, ils viennent cueillir les formules de plaintes signées, une
fois semaine…c’est tout.
Mais,
avec du « cash » tout est possible !
On peut retrouver un lap-top.
Tout, même une chambre personnelle à l’étage vide avec services 24
heures peut être autorisée, peinturée, meublée etc…., même la drogue dure est
disponible sous les yeux d’agents du département des narcotiques, pour alléger
les souffrances de Rémy, administrée par une spécialiste d’héroïne –
Nathalie. Avec ça, la visite
d’anciennes maîtresses, venues harceler Rémy sur son lit d’hôpital.
Pour
s’assurer que tous les anciens amis soient présents avant la mort de Rémy,
Sébastien les appellent un à un et leur fait promettre de venir maintenant,
pour quelques jours seulement. Même la
reconnaissance s’achète à prix fort !
« Le
Déclin de l’Empire Américain – égoïsme, amours-plaisirs éphémères-trahison, les
babyboomers et leurs caprices, complaisance et suffisance.
« Les
Invasions Barbares », maintenant il est temps de payer, on passe à la
caisse ! Aujourd’hui, ils se rappellent
le passé, se repassent de grands moments de l’histoire à travers de grands
personnages. Pour Rémy, c’est le siècle
de l’horreur, le siècle de la mort, le siècle de la barbarie…..Sa colère, il la
crache à la figure d’une sœur bénévole à l’hôpital.
Pour
Sébastien, c’est le jeu de l’argent, le jeu du pouvoir et de l’indépendance que
lui procure l’argent. Personne viendra
le faire « chier » car il est prêt à payer le prix pour ne pas que ça
arrive ! Sébastien est un dur de dur,
il a la froidure du métal au point de montrer un côté-coeur inoxydable….
préparé à affronter les intempéries de la vie.
Cela ne l’empêche pas d’avoir le cœur tendre quand il s’agit de sa sœur,
de sa mère et finalement, de son père.
Sa
liberté, Rémy l’a trouvé dans la « chair », celle de Sébastien dans
l’argent et celle de sa sœur Sylvaine dans les voyages sur les mers du globe en
voilier.
On aime
ou on aime pas le propos du film.
Question d’opinion, question de goût.
Pour moi, les confrontations des systèmes de valeur et des générations,
les débats d’idées et les points de vue différents sont rassemblés dans un
scénario mûri à travers les années et admirablement rendu par des personnages
que nous retrouvons après toutes ces années.
Nous aussi nous avons vieilli avec eux dans cette société effritée. Nous aussi nous portons un regard plutôt
déçu sur le présent, sur nos années de vie passées et sur celles qui nous
restent à vivre….Comme le dit si bien Rémy : « Quand on sent le temps passer c’est qu’on en est rendu à
soustraire les années qui nous restent à vivre qui sait – 10, 15 ans ? »
Par
contre, ce sont des êtres humains qui proviennent de la classe très bourgeoise,
des intellectuels, des gens friqués.
Rien à voir avec les sans abris, les violentés, les délaissés, les
chômeurs, les travailleurs sous-payés ou à temps partiels…..d’ailleurs, on ne
s’attend pas à ce que ces personnages soient le sujet du scénario.
Les
personnages que nous voyons vivre à l’écran sont ceux du « Déclin de
l’Empire Américain » revisités une vingtaine d’années plus tard.
C’est
logique et très crédible.
Qu’ils
soient friqués ou pas, les problèmes soulevés n’en demeurent pas moins réels et
très actuels dans notre société nord-américaine.
Les
personnages, spécialement ceux de Rémy et de Sébastien m’ont tout simplement
séduite. La performance de Stéphane
Rousseau m’a agréablement surprise.
J’ai ressentie un malaise dans la scène de lit avec sa fiancée à 5heures
du matin, quand elle reçoit un appel d’Europe.
J’imagine que pour Stéphane Rousseau, tourner ce genre de scène n’était
pas chose facile, quand on sait que c’est sur grand écran! Il s’en est bien sorti. Peut-être que cette sensibilité lui a permis
de jouer ce personnage sur deux plans à la fois – émotion/indifférence.
Mais
cela dit, ce petit détail oublié, le personnage de Sébastien lui sied à
merveille !
J’ai
adoré le film !
Bon
cinéma !
Francine
Charrette
Club-Culture