
(Trois
jours de pluie)
Cinéma
des Amériques
Festival
des Films du monde de Montréal 2003
Inspiré
de six nouvelles de Tchekhov
Durée : 93 minutes
Réalisateur
et scénariste : Michael Meredith
Musique : Bob Belden
Distribution : Don Meredith, Michael Santoro, Joey Bilow,
Peter Falk, Merle Kennedy, Lyle Lovett, Erick Avari
Premier long métrage
L’indifférence
de l’être humain dans une grande ville.
Résultat – la banalisation de la souffrance parce qu’elle devient
l’affaire des autres !
Trois
journées de pluie à Cleveland (Ohio).
Les conflits bien ordinaires émaillant l’existence de gens qui ne le
sont pas moins. Un excentrique
fabricant de carreaux au bord de la faillite tente de renflouer son affaire en
exigeant d’une veuve qu’elle lui rembourse ses dettes. Un cheminot handicapé mental risque de
perdre son emploi parce que son supérieur hiérarchique veut le refiler à un
ami. Une jeune droguée cède aux avances
d’un juge répugant afin de pouvoir rendre visite à sa fille dont on lui a
retiré la garde. Un vieil alcoolique
ayant dépensé toutes ses rentes sollicite l’aide de son fils qui se montre
récalcitrant. Un homme qui a réussi
dans la vie remet toute son existence en question après sa rencontre avec un
sans-abri. Un chauffeur de taxi qui
vient de perdre son fils essaie de surmonter son chagrin en racontant ses
malheurs à tous ses clients. Le lien
entre les épisodes est assuré par l’animateur d’un poste de radio. Les morceaux de musique qu’il passe et ses
commentaires sur la tenue prochaine d’un festival de jazz, bien compromise par
les pluies diluviennes qui s’abattent sur la région, servent de transitions
discrètes entre les récits de tous ces gens, confrontés au bouleversement de
leur existence.
Une
trame musicale « bluesante » – une température déprimante – une
grande métropole bétonnée toute aussi triste que la température…..
Voilà
une mise en scène tout à fait juste et subjective….Six êtres humains, six
histoires tristes pour ne pas dire tragiques.
Les thèmes développés sont les suivants : l’injustice, l’abus de pouvoir, l’alcoolisme, l’indifférence, la
dépression et la solitude.
Michael
Meredith a situé l’histoire à Cleveland mais elle aurait pu aussi bien se
dérouler ailleurs - parce que c’est le reflet de la vie de beaucoup de gens, de
leurs problèmes qui n’intéressent personne.
Et pourtant !
Ces gens
ne se connaissent pas même s’ils demeurent dans la même ville. Mais, dans une ville, l’être est dissout
dans l’immensité du nombre. Il ne faut
pas s’étonner que la souffrance, la solitude ou l’anonymat d’une de ces
personnes n’est d’aucun intérêt et qui plus est, devient son pire ennemi…..
Qui
s’intéresse à un sans abri ? (préjugés et indifférence)
Qui
prend la défense d’un handicapé mental quand on abuse de son innocence ?
Qui
s’intéresse au désarroi et à la dépression d’un chauffeur de taxi, aterré par
la mort subite de son fils unique ?
Qui
s’intéresse à une jeune mère droguée abusée par ce même juge qui lui a retiré
son enfant ?
Qui se
soucie des problèmes d’un père alcoolique manipulateur et déchu autre que son
fils?
Qui
s’attarde à la situation désespérée d’un céramiste au bord de la faillite à
cause d’une facture non payée par l’un de ses clients ?
Personne
!
De temps
en temps, des situations cocasses nous font sourire, même la dérision est au
rendez-vous. Elles viennent briser la
monotonie, la langueur et la détresse de l’âme tout en apportant un semblant de
légèreté - C’est tout.
Michael
Meredith utilise tous les éléments (musique – image – rythme – dialogues –
scénario – personnages – éclairage) à différents degrés d’intensité pour
enraciner l’atmosphère et la maintenir du début à la fin.
La voix
à la radio – le choix du « jazz » et du « blues » - et ce
rideau de pluie interminable…..à travers une image de la ville à vol d’oiseau
et, la caméra regarde de plus près à un point précis en captant des gens dans
la rue. Ce sont ces mêmes personnes que
nous suivrons pendant la durée du film.
Il n’y a pas de passé ni de futur que ces trois jours pris sur le vif.
Comme
spectateur, on ne peut qu’imaginer leur passé et leur avenir après les avoir
accompagné pendant ces trois jours !
Réaliser
un film sur des faits divers bien ordinaires de gens tout à fait ordinaires
alors que tombe sur la ville une pluie dilluvienne, est en soi un tour de
force.
Il n’en
demeure pas moins que ces histoires deviennent presqu’insoutenables pour le
spectateur. 93 minutes de déprime,
c’est beaucoup !
Un
bon premier film - bien réalisé, bien dirigé -, un beau travail de photographie, tout
est pensé et en équilibre dans les moindres détails pour accentuer cet état de
grisaille et de détresse permanent qui émane de gens ordinaires (dans une
grande ville…..pendant trois jours de pluie).
Ce jeune
cinéaste n’a pas choisi la facilité en s’attaquant à ce genre de cinéma. Ce faisant, il démontre une profonde
sensibilité, une compréhension du temps et de la continuité, du drame et de la
tragédie du fait divers et du quotidien de gens ordinaires. Il a une approche théâtrale dans la
structure et la forme, une touche classique qui sert bien ce genre de film
(éclairage et cadrage de l’image).
À huit ans, Michael Meredith a ses premiers rôles au cinéma, à la télévision et dans la publicité. Après avoir suivi des cours à l’Université d’Austin, il devient acteur dans un théâtre de Minneapolis. Il étudie ensuite à l’Académie londonienne de musique et d’art dramatique avant de fonder en 1995 à New York la troupe de théâtre Starving Actors pour laquelle il écrit et met en scène de nombreuses pièces en un acte.
Un jeune
réalisateur à surveiller !
Bon
cinéma !
Francine
Charrette
Club-Culture